Le poème d’Atahana #12 (nouvelle)

« Une partie de campagne »

Les robes longues et élégantes trainaient sur l’herbe fraiche, humide de rosée. Les ombrelles recouvraient le paysage fleuri de ces dames..

Toutes vêtues d’un tissu semblable, une cependant attira mon attention.

Elle était seule, adossée à l’arbre aux allures étonnement gracieuses , plongée dans ses pensées et l’écriture. Je la regardais, attendri, il me sembla qu’elle m’adressa un sourire rêveur et délicat.

Un panier, à ses pieds était déposé, il m’aurait plu de n’être que cette masse d’osier ficelée afin de découvrir, caché, les mystères de cette femme, de l’accompagner, discret en chacun de ses pas.

Mais je n’étais que l’observateur passif, qui par maintes questions étais traversé.

Muse de ma vie, elle m’était pourtant inaccessible, le chemin qui pouvait me mener à elle me restait inconnu.

Une lumière attira mon attention en un point : la chevelure au couleur d’or mêlée au vent n’était animée d’aucun mouvement, elle restait figée, en l’air, chose que je ne comprenais pas. Je décidais d’avancer les yeux fermés et de rester dans cet irréalisme qui me plaisait. Le pas lourd et pesant je décidais avec courage de chercher la route qui me mènerait vers cette frêle beauté.

Je marchais sans relâche mais la distance toujours était présente : j’avais la sensation que, jamais, je ne pourrais la toucher. Elle était comme un objet éclairé par une bougie posé sur un trône noble et princier, une lumière qui m’éblouissait et que je ne pouvais saisir.

Les élégantes au chapeau flânaient autour d’elle, l’air insouciant et non-tourmenté tandis que je les regardais, leur parlais restant sans réponse. J’étais comme invisible face à elles, comme un être assistant à un spectacle que moi seul avais le pouvoir de regarder.

J’étincelais et vivais de son regard, regard plongé dans les mots et les maux qui jetait mon âme en un immense trouble. J’étais plus qu’ému de cette si singulière personne emplie de rêves et de blessures.

J’attendais, les yeux fermés mais… à trop espérer me disais-je, rien, rien ne peut arriver … je recouvrais l’usage de l’un de mes sens puis la vis se lever et se diriger vers moi. Elle se figea à quelques dizaines de mètres, me fit un signe de la main, signe qui se voulait de m’entrainer vers elle.

Mes jambes glissaient sur le sol mouillé, je n’en avais plus le contrôle, elle m’attirait, j’étais comme aspiré, sans défense. Elle m’était une nouvelle vie, vie que je découvrais avec enchantement. Elle m’envoutait, m’absorbait.

Devant elle, maintenant, je me trouvais…elle saisit mes joues de par ses deux mains à la douceur étonnante et me déposa un baiser sur les lèvres.

Je réalisais que la campagne dans laquelle j’étais plongé été d’un calme improbable, ses douces lèvres posées sur les miennes avaient redonné des ailes aux oiseaux et leurs âmes chantaient de nouveau.

Elle me prit la main et m’emmena vers une rivière, placée derrière les saules.

Les feuilles et les fleurs tombaient sur l’eau qui déambulait avec frénésie vers un endroit inconnu, avide d’aventures et d’expériences. Je la suivais donc en cette étendue afin de retrouver la sérénité première de la vie. Mourir pour vivre.


Un homme frappa à mon épaule et me fit voir ma montre. Je me retournais et ne saisi d’abord pas où je me trouvais. Je regardais autour de moi et vis une multitude de tableaux, je compris que j’étais dans un musée.

Deux tableaux face à moi : la femme à l’ombrelle de Renoir et Ophélie de Millais ; j’esquissais un sourire tendre vers ces peintures et rentrais en ma demeure, heureux d’avoir voyagé et rencontré ces héroïnes.

Basculement des sentiments, tremblement de l’âme.