Chronille #2

Depuis plus d’une semaine, les JT ont remplacé les bons films, les articles de journaux devancent les romans policiers, et je préfère mon ordinateur aux soirées verres-en-terrasse. Oui, je vis dans le onzième, et cette semaine, j’ai eu peur.

Les plus : 

Interview : Jean-Pierre Filiu, France Inter.

Vidéo : " Les méchants, c'est pas très gentil. " — Brandon, 6 ans.

Citation : " Paris valait toujours la peine, et vous receviez toujours quelque chose en retour de ce que vous lui donniez. Mais tel était le Paris de notre jeunesse, au temps où nous étions très pauvres et très heureux. " — Ernest Hemingway 

Musique : " Mourir pour ses idées —Georges Brassens

 

 

Vendredi 13 Novembre 2015

Une semaine avant je déambulais dans les rues de mon Paris, saoule, bouteille à la main, avec trois ami(e)s. Entre deux gorgées et éclats de rires, nous passons devant le Bataclan sans même le considérer. Nous allons rue de Charonne, en quête d’une boîte de nuit. Chose faite. Rencontres, échanges artistiques, promenade, vin rouge, visages souriants, exaltation des corps. Tout ce que j’aime. Moi aussi, je suis une abominable pervertie.


Mais ce vendredi, pour une fois, je suis plutôt d’humeur à prendre soin de moi, égoïstement. Mon bain est chaud, je plonge dedans et commence mon roman : Le Quatrième mur de Sorj Chalandon. Ma sérénité est aussitôt troublée. SMS inquiet de mon Jules : « Tu es où ?? Il y a eu une fusillade à proximité du Bataclan. Reste chez toi.»


Le premier d’une longue série.


Mon week-end ressemble au votre. Psychose.

 

Et puis vient Lundi

Dans ces lignes, je devrais vous dire à quel point j’ai ri devant La 432 des Chiche Capon. Peut-être même que je ne serais pas déçue du 007 Spectre de Sam Mendes que Jules voulait voir Samedi. Je pourrais aussi être tentée de vous spoiler le dernier Hunger Games de Gary Ross. 
Je pourrais participer au débat de mes amis à propos de Nous trois ou rien de Kheiron. Je pourrais avoir terminé mon roman.




Je pourrais… 


Mais cette semaine, je ne suis pas allée au cinéma. Je ne suis pas non plus allée au théâtre. J’ai trainé des pieds pour sortir de mon studio. J’ai flippé dans le métro. Comme vous.
 


J’ai eu peur, oui.

 

Aujourd’hui

Tous les jours de la semaine, j’ai réfléchi. J’ai observé vos réactions, les miennes, nos articles relayés sur les réseaux sociaux, les avis politiques que certains m’ont imposé, j’ai dit des absurdités, j’ai posé des questions sans réponse. J’ai pioché — comme on fait ses courses au marché — les idées qui me correspondent le mieux. 


Aujourd’hui, je suis capable de dire que je ne veux plus être dominée par la peur. Ce n’est pas moi.

J’ai peur du noir, j’ai peur de scream, j’ai peur des asticots. 
 Mais je n’ai jamais eu peur des autres. 



Et ce ne sont pas des «  méchants, pas très gentils » (Brandon, 6 ans) ou des « grosses patates molles » (Jeanne, 5 ans) qui me feront dire le contraire.

 

Et après ?

Lundi soir, j’irai au théâtre. Je prendrai le métro. Et le bus. Et si ce que je vois me plait, certainement que je vous en parlerais.

Je continuerai d’aller au cinéma, j’assisterai plus souvent à des concerts, je me baladerai encore au gré des expositions, je lirai, je débattrai, je serai souvent en désaccord, j’écrirai, je développerai mes projets de théâtre dans les collèges et lycées, j’irai toujours à l’encontre des médisants. Parce que c’est dans ma nature, et que ce n’est pas une poignée d’ignorants qui me changera. 


Vivre n’est pas de la résistance, c’est un droit.

Plus que jamais, nous devrions faire vivre nos droits et n’en priver personne.